Grégory LABILLE

Daniel-Dubois.JPGMonsieur le Président, Mes Chers Collègues,

 

 

Au terme de ces quelques jours consacrés à examiner de multiples rapports, notre sentiment premier s’est vérifié : votre budget, monsieur le président, est hasardeux et injuste !

 

Vous ne nous avez absolument pas rassuré sur toutes les questions que nous vous avons posé en ouverture de ce budget ou au cours de nos débats. Certes, vous avez essayé de vous défendre mais vous n’avez pas été très convaincant.

 

D’abord, une très mauvaise organisation

 

Notre inquiétude, sans doute est-ce le résultat de la très mauvaise organisation de nos débats. Vous avez vous-même reconnu que des améliorations étaient à faire, je vous en donne acte et, plus, je vous y encourage vivement.

 

Je ne reviendrai pas sur les commissions qui se réunissent avant l’ouverture de la session pour se prononcer sur des rapports, au mépris du délai légal de 12 jours pour les étudier. Elles auraient dû se réunir la semaine dernière, après l’ouverture de la session. Là encore, nous comptons sur votre autorité auprès des présidentes et présidents de commission pour un retour à la légalité, pour des conditions de travail normales, pour le respect de tous élus. Je sais que vous y êtes attaché.

 

Mais nous constatons amèrement que certains de vos vice-présidents prennent de grandes libertés avec la loi au mépris des droits de l’opposition, au mépris des droits de tous les élus. Il en est de même avec la commission permanente de lundi dernier où vous avez passé en force des dossiers, qui, sur la forme, n’étaient pas recevables. Pour faire respecter ces droits, va t’on devoir saisir le tribunal administratif ? Je souhaite sincèrement, monsieur le président, que nous n’en arrivions pas là.

 

C’est la raison pour laquelle je vous propose que nous nous rencontrions pour élaborer, ensemble, une amélioration du règlement intérieur qui permette de clarifier tous les points de litige.

 

Cette très mauvaise organisation a lourdement pesé sur nos travaux. Elle a pesé aussi sur l’absence de réponse à nos questions sur vos choix budgétaires, sur vos choix politiques, sur les bilans qui justifient la baisse, le maintien ou la hausse de certains crédits.

 

En disant cela, je ne m’adresse pas aux directrices et aux directeurs qui ont fait un excellent travail, quand on leur permet de s’exprimer sur les questions techniques.

 

En disant cela, je ne veux pas généraliser, car je sais que tout s’est passé correctement dans certaines commissions.

 

Mais comprenez bien que cette mauvaise organisation casse l’ambiance qui a régné, jusqu’à présent, dans cette assemblée. Je rappelle à toutes et à tous que nous n’en sommes absolument pas responsables.

 

Ensuite, des choix budgétaires hasardeux

 

 

Hasardeux, parce que les recettes du budget sont incertaines.

Prenons l’exemple des subventions de la Région Picardie prévues pour les routes, l’aménagement de la vallée de la Somme ou encore le développement culturel.

Chacun sait que la situation financière du Conseil régional est difficile, pour ne pas dire plus. Ce n’est pas nous qui l’affirmons mais le vice-président Vert du conseil régional en charge des finances de cette collectivité. Face à ces difficultés, nous avons donc posé de nombreuses questions sur la réalité de ces subventions, sachant qu’elles se chiffrent par millions d’euros. Aucune réponse concrète ne nous a été faite si ce n’est que vous avez une confiance aveugle dans la Région.

Nos craintes restent donc intactes pour les contribuables de la Somme, qui, je le rappelle, ont subi une hausse de près de 13% des impôts cette année.

 

Hasardeux, parce que le recours à l’emprunt hypothèque gravement l’avenir.

Chacun sait que l’emprunt d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain. Ce principe de bonne gestion nous avait conduits, lorsque nous étions dans la majorité, à réduire le recours à l’emprunt. Avec votre majorité, monsieur le président, vous faites l’inverse, avec une hausse de 37% ! Et l’avenir est encore plus sombre quand on sait que vous allongez volontairement la durée des emprunts de 15 à 20 ans, l’équivalent d’une génération.

A poursuivre dans cette voie, vous allez conduire le conseil général, comme les particuliers avec les crédits à la consommation, en commission de surendettement.

 

Hasardeux, parce que certaines dépenses nous semblent irréalistes.

Depuis 2002, l’A.P.A., l’allocation personnalisée à l’autonomie pour les personnes âgées, n’a cessé d’augmenter. Cette année encore, le nombre de bénéficiaires augmente de 8%, le tarif des services mandataires et prestataires a été revalorisé. Bizarrement, le crédit consacré à cette action sociale prioritaire, stagne. Nous continuons à penser qu’il a été volontairement sous-estimé de plusieurs millions.

 

Que dire aussi des crédits pour l’entretien et la modernisation des routes départementales ? Ils baissent de 14% alors que de nombreuses routes mériteraient d’être refaites pour améliorer la sécurité routière.

 

A l’inverse, vous faites le choix d’investir des millions d’euros pour construire un nouveau bâtiment à SAMARA, déménager l’institut universitaire de formation des maîtres, pourtant bien installé et qui n’est pas de notre compétence,…Ces choix, vous le savez monsieur le président, ne sont pas les nôtres.

Nous aurions préféré que ces millions aillent pour des investissements directs :

-         sur nos routes, pour améliorer la sécurité routière

-         et sur nos collèges, pour leur mise aux nouvelles normes « handicap » et pour leur modernisation dans le cadre du développement durable

-         deux secteurs qui sont au cœur de nos compétences.

 

Je pourrais en dire beaucoup sur d’autres choix budgétaires qui sont les vôtres, qui ne sont pas les nôtres, mais je ne veux pas intervenir pendant une heure.

Nous n’avons pas eu de vrai débat budgétaire, le travail en commission a été d’une qualité inégale, et voilà aujourd’hui le résultat : votre budget est hasardeux en dépenses comme en recettes. Et quand un budget est alimenté par l’argent des contribuables, le hasard ne devrait pas avoir sa place. Vous avez fait le pari inverse en faisant confiance au hasard, monsieur le président, avec les précieux conseils de votre 1er vice-président !

 

Ensemble, avec celles et ceux qui vont voter dans un instant votre budget, vous portez une lourde responsabilité dans le réveil brutal qui sera imposé aux habitants de la Somme dans les mois et les années qui viennent.

 

 

Enfin, non seulement votre budget est hasardeux, mais il est injuste

 

Injuste, parce que certaines associations sont stigmatisées.

Dans notre département marqué par les drames des guerres, nous avons dénoncé la baisse de 17% des subventions aux anciens combattants, dont le dévouement ne devrait être mis en cause. Vous nous avez sorti une parade de dernière minute en évoquant de nouvelles règles en cours d’année. Soit votre rapport n’a pas été suffisamment clair, soit vous ne voulez pas tout nous dire !

 

A l’inverse, les subventions à certaines associations proches de votre majorité rose-rouge-verte, monsieur le président, ne baissent pas ! Deux poids, deux mesures !

 

Ce n’est malheureusement pas la première fois, monsieur le président, qu’avec votre majorité, vous faites des choix arbitraires, donc injustes. J’ai envie de vous dire, monsieur le président : « qu’avez vous fait de vos valeurs d’équité et de justice » ? Nous avons là un nouvel exemple de choix plus que discutables, à moins que vous nous disiez, comme le maire d’Amiens l’a fait à propos des anciens d’Algérie, que vous ne voulez plus aider les anciens combattants. Dites le franchement, cela aura au moins le mérite d’être clair et chacun saura à quoi s’en tenir. Mais là, vous êtes au milieu du gué. Attention à la noyade !

 

Des choix plus justes étaient possibles, vous avez refusé toutes nos propositions.

 

Injuste, parce que le monde rural est de plus en plus abandonné.

Quoiqu’en dise notre collègue Jean-Jacques Stoter, obligé de défendre cette politique territoriale,

-         les subventions aux communes rurales sont en forte baisse,

-         les critères sont décourageants en matière de logements,

-         les aides aux collectivités pour les cantines ont été supprimées,

-         de nouvelles contraintes ont été brutalement imposées ce lundi aux communautés de communes pour le salage et le déneigement

-        

tels sont quelques exemples de vos choix politiques que nous dénonçons régulièrement alors que les villes n’ont pas les mêmes contraintes. Je le dis comme je le pense vraiment avec mes collègues, vous êtes en train d’asphyxier les territoires ruraux.

 

Je le comprends d’autant moins que, dans votre majorité monsieur le président, il y a des maires ruraux, des présidents de communautés de communes rurales. Une alternative s’offre à nous pour essayer de comprendre leur position :

-         Soit, étant minoritaires dans votre majorité, ils n’arrivent pas à vous convaincre du bienfondé de notre analyse. C’est peut être pour ça qu’ils nous disent, dans les couloirs, que nous avons raison !

-         Soit c’est une véritable stratégie pour délaisser le monde rural au profit de certains quartiers d’Amiens et d’Abbeville, et là c’est très grave. Cela voudrait dire que vous considérez les habitants de nos campagnes comme des « habitants de seconde zone » ne méritant pas la solidarité de notre collectivité.

 

Des choix plus justes étaient possibles, vous avez, là aussi, refusé toutes nos propositions.

 

 

Non, monsieur le président, mes chers collègues, les territoires ruraux ne veulent pas être vus comme des réserves d’indiens pour que les gens des villes puissent venir s’y promener les dimanches par beau temps. Les territoires ruraux veulent vivre dignement, se développer et bénéficier des mêmes services qu’en ville. Ce n’est que justice. C’est en tous les cas, la justice que nous défendrons encore et encore, ne vous en déplaise.

 

En matière d’injustice, je pourrai aussi vous citer celui de la baisse des frais de fonctionnement imposée à nos agents mais pas à ceux du syndicat mixte Baie de Somme-Grand littoral picard ou à d’autres associations. Et, vos rapports, monsieur le président, sont dans ce domaine, criants d’exemples sur de telles injustices.

 

 

En conclusion

 

Un budget hasardeux et injuste, augmenté d’une mauvaise organisation de nos travaux, voilà ce qui caractérise votre budget 2010. 

Nous pensons que vous n’avez pas su saisir l’opportunité de ce budget 2010, pour préparer le budget 2011 et ses nouvelles contraintes.

Nous pensons que vous avez fait des choix plus que discutables. Des exemples ont été donné tout au long de nos débats. J’en ai cité quelques uns à l’instant.

 

Nous pensons que vous avez pris un pari dangereux pour l’avenir.

 

Et l’avenir nous apportera, à court et moyen terme, les preuves irréfutables de ce que nous dénonçons aujourd’hui.

 

Après avoir été sur le registre de la peur lors du débat d’orientation budgétaire, vous voilà arrivé dans celui de l’insouciance.

 

Parce que nous sommes des élus responsables, ne comptez pas sur nous pour vous suivre dans cette aventure budgétaire.

 

Pour toutes ces raisons, les 14 conseillers généraux du groupe Centre et Non-inscrits, voteront contre votre budget 2010.

Jeu 17 déc 2009 Aucun commentaire