Conseiller général du canton de Ham, je vous propose une nouvelle rubrique. Intitulée
« votre avis m’intéresse », ce sera l’occasion pour moi de recueillir vos avis à propos de sujets de l’actualité qui vous concernent et en lien avec le Conseil général, le plus souvent
dans le domaine de l’Education.
Ce mois-ci, il s’agit du projet de loi concernant la suspension des allocations familiales pour les familles dont les enfants feraient l’objet d’un absentéisme répété et non justifié.
Le 16 juin, les députés vont être amenés à se positionner.
Dans l’article ci-dessous je vous donne mon avis, j’apporte aussi un questionnement et je vous invite à réagir en déposant vos commentaires ou en m’adressant un mail à l'adresse gregory.labille@sfr.fr
Avant propos
A en croire un récent sondage, une majorité des Français adhère à la proposition du président à savoir la suspension des allocations familiales pour les parents d’enfants absentéistes. La proposition de loi se veut une amélioration de l'arsenal juridique déjà disponible. Le lien entre allocations familiales et exercice de l'autorité parentale existe depuis l'ordonnance de 1959. Jusqu'en 2004, il y a eu des milliers de suspensions par an.
Quant à la loi de 2006, créant le contrat de responsabilité parentale signé par les familles, et dont le non-respect pouvait entraîner la suspension des allocations, elle était sous la responsabilité des présidents de Conseil général, dont aucun, ne l'avait jamais utilisée. La nouvelle proposition de loi irait donc vers un transfert de la responsabilité aux inspecteurs d'académie et directeurs des services départementaux, qui seraient chargés de saisir les directeurs de caisse d'allocations familiales en cas d'absentéisme des élèves.
L’absentéisme est défini comme le cumul de 4 demi-journées d'absence non justifiées par mois. Sachant que le ministère de l'Éducation évalue à 7% le taux d'absentéisme dans l'enseignement secondaire, et jusqu'à 15% dans les lycées professionnels, le phénomène concerne entre 275 000 et 300 000 élèves en France.
Que faut-il en penser ?
Je serais tenté de faire un parallèle entre le comportement des automobilistes et des parents. Les premiers, lorsqu’ils ne respectent pas la loi, c’est à dire le code de la route encourent des risques pour eux mais aussi pour les autres, et les seconds en ne respectant pas la loi qui impose une scolarisation jusqu’à l’âge de 16ans favorisent l’échec scolaire et donc une marginalisation de leur propre enfant. L’absentéisme à l’école est un fléau. Lorsque la prévention montre ses limites, vient l’heure de la répression, de la sanction. 6000 morts par an sur les routes avant la mise en place des radars automatiques, moins de 4000 morts aujourd’hui. Que faut-il en conclure? Mais encore combien de personnes paralysées par an suite à des accidents de la route ?
Existe t-il une corrélation entre absentéisme scolaire et absentéisme professionnel, en clair, l’élève qui n’a pas suivi une scolarisation régulière agira t-il de la même façon à l’âge adulte dans son travail ?
Ne faudrait-il pas commencer par rééduquer les parents ?
L’absentéisme scolaire qu’en est-il réellement aujourd’hui ?
L’enseignement est obligatoire à partir de 6ans et jusque 16ans. C’est la loi. La loi doit être la même pour tous. Une majorité de parents choisit une scolarisation en établissement. D’autres assurent eux même cet enseignement ou font appel à des professeurs particuliers. Une étude américaine a prouvé que les enfants ont d'autant moins de chances de devenir délinquants qu'ils auront quitté l'école tardivement. Avec un taux de près de 7% en augmentation depuis quelques années, l'absentéisme scolaire est donc un défi majeur, qui concerne d'abord et avant tout les élèves des lycées d'enseignement professionnel. En 2008, il était de 12,6 %, contre 2,8 % au collège et dans une moindre mesure 5,8% dans les lycées d'enseignement général et technologique.
Une minorité d’élèves, et ce dès l’âge de 14ans, devrait pouvoir se voir proposer un enseignement professionnel. La possibilité offerte d’une orientation en fin de collège vers un établissement professionnel est parfois trop tardive.
A qui profite l’absentéisme scolaire ?
Certainement pas aux enfants. En tant qu'enseignant en réseau de réussite scolaire, je trouve cela regrettable à moins que ce que l'on souhaite pour les jeunes qui nous sont confiés, c'est de les maintenir au même niveau que leurs parents de peur qu'ils deviennent des êtres capables de s'opposer, de s'exprimer, de réagir , bref des citoyens responsables. Directeur d’une école maternelle pendant 5ans, j’avais à cœur, malgré la non obligation de scolarisation avant 6ans, de mobiliser les parents sur la nécessité d’une scolarisation régulière. Dans la mesure où l’on fait le choix de scolariser son enfant et par respect vis à vis de ceux qui en assurent la prise en charge, une scolarisation régulière est indispensable. Tous les enseignants du premier et second degré regrettent l’absentéisme scolaire. Ils sont conscients qu’il est l’une des causes de l’échec scolaire, de l’apparition des troubles dans les classes. Car comment suivre un cours lorsque l’on est régulièrement absent pour des motifs non justifiés ? L’absentéisme scolaire peut aussi conduire parfois à la déscolarisation. Combien de chefs d’établissements et notamment de lycées professionnels regrettent des taux d’abandon trop importants, les sorties du système sans qualification? Même si les causes sont parfois d'autre nature, l’absentéisme scolaire peut être un signe annonciateur.
Comment l'école répond-elle aux problèmes de l’absentéisme?
L'absentéisme est un phénomène complexe. De nombreux éléments peuvent entrer en ligne de compte : l'échec scolaire, l'orientation, le rapport avec les enseignants, l'influence de l'entourage, des troubles du comportement, la violence, etc. L'établissement est tenu de réagir le plus vite possible par un contrôle strict des absences et un suivi éducatif. Des mesures de prévention ont été pourtant mises en place, rencontres avec les parents, médiation, appel téléphonique voire SMS dès la constatation de l’absence. Ces mesures ont un coût et pour autant l’absentéisme reste important. En cas d'absentéisme avéré (ou, par ailleurs, de troubles à l'ordre scolaire), le chef d'établissement prévient l'inspecteur d'académie, qui convoque la famille et lui propose un dispositif d'aide. Lorsque l'absentéisme vire au décrochage, l'institution peut recourir à certains dispositifs dérogatoires (classes et ateliers relais, alternance en 4e...) qui visent à "rattraper" l'élève. Ces dispositifs sont en développement.
Lorsque ces mesures ne suffisent plus et que l’école est démunie, quelles sont les autres solutions ?
Dans le département des Alpes Maritimes, face aux limites de ce type de mesure, le président du Conseil général a souhaité aller encore plus loin. A travers la signature d’un "contrat de responsabilité parentale" signé avec les familles, ces dernières prennent un engagement pour faire en sorte que leurs enfants soient scolarisés régulièrement. Si celui-ci n'est pas respecté, trois sanctions sont possibles : une contravention de 750 euros maximum, une mise sous tutelle des allocations ou la suspension de celles-ci pendant un an maximum.
Parents et enseignants contestent l'opportunité d'une telle sanction. Ils estiment qu'elle touche au portefeuille des familles qui ont le plus de difficultés, notamment les familles monoparentales.
Pourquoi stigmatiser ces familles ? Le projet n’est pas de montrer du doigt ni de juger les familles monoparentales mais de s’attaquer aux parents qui ne respectent pas leur engagement en tant que parent.
L'école doit-elle s'interroger sur ses propres responsabilités ?
Met-elle les moyens suffisants pour éviter que l'enfant ne perde pied ?
Faut-il toujours plus d'accompagnement humain dans les établissements scolaires ?
La suspension du versement des allocations familiales est-elle une menace suffisante pour obtenir des parents qu'ils contraignent leurs enfants à aller à l'école ?
Toute prestation doit s'accompagner d'une volonté citoyenne de respecter la loi française, faute de quoi elle n'a pas lieu d'être distribuée car elle coûte à tous. Le projet de loi prévoit la suspension et non la suppression des allocations familiales après que toutes les mesures ont été prises pour prévenir cette situation.
Supprimer des allocations familiales c’est peut être ajouter de la misère à la misère comme l’a déclaré Luc Ferry, mais les suspendre pourrait être un moyen de mobiliser les familles. Ne rien entreprendre, ne pas aller au delà de la simple prévention serait encore plus grave, un manque de responsabilité. Supprimer, c’est sûrement très impopulaire mais pour ceux qui considèrent l’école comme un lieu d’apprentissage et non un accueil de loisirs, l’absentéisme non justifié est intolérable.
La violence urbaine peut-elle être résolue par l’obligation de scolarisation ?
Des actes de délinquance sont commis par des enfants. Si ceux-ci étaient à l'école, ils ne seraient pas dans la rue. Donc une baisse de l'absentéisme scolaire entraînerait un recul de l'insécurité urbaine, à cela on ne peut dire le contraire. Cependant le fait d’obliger la scolarisation pour certains d’entre eux, entraînerait inévitablement de leur part des comportements de rejet d’où une violence. Le recul de l’insécurité urbaine pourrait conduire à une augmentation de la violence au sein des établissements scolaires. Nées dans les années 1980, les politiques de « responsabilisation parentale » mises en place aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en France sont fondées sur une idée simple : la famille étant le premier lieu de socialisation de l'enfant, les défaillances parentales doivent être sanctionnées afin de mettre la société à l'abri du désordre. « Avec ces programmes, l'Etat cherche à faire des familles des coproducteurs de la sécurité
Que veut-on ?
Quelles solutions ?
L’école répond t-elle encore aujourd’hui aux attentes de la société ?
Que vous soyez élus, parents, enseignants, étudiants, votre avis m’intéresse…
ZOOM 3 : A propos de l’aide à l’organisation de manifestations
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